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Attaque du Capitole : détails d’un complot

Depuis le 9 juin 2022, la Commission d’Enquête sur l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021 tient le public américain en haleine, avec une série d’audiences publiques visant à exposer les résultats de son enquête sur l’insurrection et son contexte. Sa présentation méthodique des faits vise non seulement à établir un récit officiel pour les annales – et par là même, soigner le pays de ses divisions profondes – mais aussi à déterminer les potentielles poursuites qu’elle pourrait recommander au Département de la Justice.

L’enjeux est réel : il s’agit avant tout de « remettre le pays d’accord » sur la validité de l’élection présidentielle de novembre 2020, les pressions exercées par Trump à divers niveaux pour invalider les résultats tout en criant à la fraude électorale, l’attisement de ses support·er·rice·s, culminant dans la violence du 6 janvier. En bref, montrer à quoi ressemble une tentative de coup d’État. Une exposition nécessaire, alors qu’une grande majorité d’élect·eur·ice·s Républicain·e·s persistent à croire, un an plus tard, à l’escroquerie de « l’élection volée ».

Retour en arrière : « L’expérience des forces de l’ordre le 6 janvier 2021 »

La première audience de la Commission remonte en fait au 27 juillet 2021, six mois à peine après l’insurrection. Plusieurs officiers de police du Capitole et du District de Columbia témoignent alors de leurs expériences durant l’insurrection. L’émotion est fraîche et palpable ; le but, évident : entretenir la flamme de l’indignation publique à l’égard des évènements de jour-là. Les témoignages sont entrecoupés de vidéos des caméras embarquées des témoins, attestant de l’extrême violence de la journée.

De gauche à droite : Sergent Aquilino Gonell, officiers Michael Fanone, Daniel Hodges et Harry Dunn. 27 juillet 2021. Source : C-SPAN

Surtout, il s’agit de pointer du doigt la responsabilité de Trump dans l’échauffement de la foule et de décrédibiliser les théories du complot de false flag[1] (fausse bannière) reprises en chœur par le parti Républicain à la suite de l’insurrection. Ces théories veulent voir dans l’évènement l’œuvre de la gauche (Antifa en particulier), dont le but aurait été de nuire à Trump et son image.

Les témoignages des policiers sont cependant unanimes : la foule était « MAGA », très majoritairement blanche ; surtout, elle était là pour « répondre à l’appel du Président ». La description par Harry Dunn des attaques racistes que lui et ses autres collègues racisé·e·s ont subi ne laisse pas de place au doute et constitue l’un des moments les plus chargés émotionnellement de l’audience. Lorsqu’il est demandé à l’officier Daniel Hodges ce qu’il pense des représentant·e·s Républicain·e·s qualifiant le 6 janvier de « visite de touristes », celui-ci n’hésite pas à qualifier les insurgé·e·s de « terroristes intérieurs » et va jusqu’à lire la définition légale de « terrorisme » dans le code américain.

Puis, pendant près d’un an, la Commission a poursuivi son enquête à huit clos. Ces nouvelles audiences estivales présentent enfin les fruits de son travail titanesque. La première, du 9 juin, offre un panorama du travail et des objectifs de la Commission. Les deux seuls témoignages sont ceux de l’officier Caroline Edwards et de Nick Quested, documentariste britannique infiltré chez les Proud Boys, une milice fasciste présente au Capitole ce jour-là. Une chronologie de la journée est présentée, vidéos inédites à l’appui, capturées par l’équipe de Quested. Selon Liz Cheney, vice-présidente de la Commission et l’une des deux seul·e·s Républicain·e·s de la Chambre ayant soutenu sa création, l’enquête montre que Trump a suivi un « plan en sept étapes » pour son coup d’État avorté. Chaque audience doit exposer une facette particulière de ce plan.

Les points marquants de la tentative de coup d’État

Refus de concéder

Après des mois passés à semer des graines de doute sur le processus électoral, Trump les fait germer le soir des élections de novembre 2020. Les chiffres apparaissent d’abord avantageux pour le Président sortant, puis penchent de plus en plus en faveur de Biden. Le dépouillement est encore loin d’être achevé quand le plus fidèle conseiller de Trump, ancien maire de New York et avocat sénile, Rudy Guiliani, ivre à ce moment, insiste que le Président doit donner un discours annonçant sa victoire, car « [leurs] votes sont en train d’être volés ».

La dimension et la population des États-Unis sont telles qu’il faut un temps considérable pour obtenir les résultats finaux. De plus, les américain·e·s ont la possibilité de voter par courrier, ce qui rajoute à la complexité du dépouillement. Traditionnellement, ce sont plutôt les Démocrates qui choisissent de voter par correspondance. Il est donc fréquent que le parti Républicain apparaisse d’abord en tête, pour ensuite se faire rattraper, voire distancer, par les Démocrates. Cet effet a même un nom : le « mirage rouge ». Guiliani, tout comme Trump, était bien conscient de la raison de ce revirement de situation et, surtout, que cela n’était en rien indicatif de fraude.

Durant l’audience du 13 juin, plusieurs anciens conseillers de Trump affirment avoir expliqué cette particularité en détail à l’ancien Président, préalablement au soir du scrutin. De même, Trump a été mis au courant du débunkage en règle de toutes les prétendues instances de fraude auxquelles il s’accrochait. En ce sens, la Commission partage la déposition de Bill Barr, ancien procureur général des États-Unis. Plusieurs témoins, hauts fonctionnaires chargés des élections, affirment aussi avoir clairement démontré à l’ancien Président la fausseté des allégations, en lui expliquant au cas par cas que les enquêtes n’ont rien révélé de suspect.

Néanmoins, durant les semaines suivantes, Trump et son compère Guiliani multiplient les interventions publiques pour marteler leurs théories du complot : bourrage des urnes avec des bulletins « cachés dans des poubelles », des « camions entiers » remplis de bulletins pour Biden, des machines à voter hackées par des satellites italiens – toutes les idées sont bonnes. Elles sont vite reprises par la majorité du parti Républicain – et Fox News – à travers tout le pays.

Le meilleur mensonge est celui qui rapporte

Il ne suffit pas à Trump de tenter de renverser le gouvernement : autant se remplir les poches du même coup. De la soirée électorale au 6 janvier, le camp de Trump a multiplié les efforts pour lever des fonds auprès de ses support·er·rice·s, en envoyant des millions de mails demandant des soutiens financiers pour le « fond officiel de défense de l’élection ».

Trump à son rally « Save America » en Arizona, 15 janvier 2022. Crédit : Gage Skidmore, Flickr, via Wikimedia Commons

Trump prétend que cet argent ira soutenir les actions judiciaires en cours pour « se battre contre le Grand Vol ». En tout, ce serait plus de 250 millions de dollars qui auraient été récoltés. Or, ce fond n’existe pas. Le 9 novembre 2020, Trump crée un comité d’action politique[2] : « Save America ». C’est dans les comptes de cette organisation que la plus grosse partie de l’argent atterrit, pour être ensuite en partie redistribuée à des groupes alliés à Trump. Ce dernier n’a pas seulement inventé « le Grand Vol » (« The Big Steal »), il a aussi créé « la Grande Arnaque » (The « Big Rip-off »).

Pour soutenir ces fausses accusations de fraude électorale, Trump et ses allié·e·s passent à l’action. Ils poursuivent d’abord une voie judiciaire – un recours offert à tout·e candidat·e pour s’assurer que le scrutin s’est bien déroulé dans les règles. 62 affaires ont ainsi été jugées par divers magistrat·e·s, dont au moins la moitié avaient été nommé·e·s par des Républicain·e·s. Toutes les poursuites menées par Trump ont été déboutées, sauf une, qui ne suffit évidemment pas à renverser le résultat des élections. Malgré cela, Trump maintient ses fausses accusations. Il va même beaucoup plus loin.

Le complot des faux certificats

Difficile de ne pas voir un cas classique de projection psychologique dans les accusations virulentes rabâchées par Trump. Car s’il est aussi obsédé par l’idée, c’est bien parce qu’il en est lui-même coupable.

Un coup « à la recherche d’une théorie légale [3]»

John Eastman, via Wikimedia Commons

C’est un autre de ses avocats, John Eastman, qui lui offre une théorie juridique bancale pour ourdir son complot. Eastman deviendra sûrement, pour les prochaines générations d’étudiant·e·s juristes, un cas d’école d’exemple à ne pas suivre. Désireux de satisfaire les fantasmes du chef suprême, Eastman a élaboré, dans un mémo, une fausse théorie justifiant la tentative de coup. Pour cela, il offre une lecture nouvelle de certaines règles constitutionnelles – un comble, pour un originaliste[4] avéré.

Les élections présidentielles se déroulent toujours en novembre, quand les citoyen·ne·s votent pour les grand·e·s élect·eur·ice·s de leurs États. Courant décembre, ces représentant·e·s élu·e·s se réunissent afin de certifier leurs propres votes et les faire remonter au niveau fédéral. Le 14 décembre était la date officielle pour cette année-là.

Eastman affirme que les assemblées législatives des États fédérés disposent d’une autorité absolue pour choisir d’autres élect·eur·ice·s, si le scrutin a fait l’objet de fraude. Plusieurs alliés de Trump (dont Guiliani), se basent sur leurs propres fausses accusations de fraude pour mener un effort coordonné dans plusieurs États. De fau·x·sses élect·eur·ice·s sont ainsi réuni·e·s dans sept États charnières (dont les résultats tendent habituellement à changer la donne de l’élection). Ces personnes ont signé, pour le compte de Trump, de faux certificats, par la suite envoyés aux Archives Nationales.

Dans son mémo, Eastman qualifie les disputes au sujet de ces conflits de certificats de « légitimes », alors que son camp les a, de fait, créées de toutes pièces. Il s’appuie ensuite sur une simple phrase du 12ème amendement, qui indique que : « le Président du Sénat doit, en présence du Sénat et de la Chambre des Représentants, ouvrir tous les certificats et les votes doivent être comptés ». Il se montre inventif en se référant à l’Acte relatif au Décompte Électoral de 1887, établissant certaines procédures relatives au décompte des voix, qu’il trouve en partie anticonstitutionnel. De là, il estime que cette loi peut être écartée et fait émerger une sorte « d’autorité absolue » du ou de la Président·e du Sénat (donc, du ou de la Vice-Président·e américain·e) à choisir quels votes compter. En somme, à choisir le ou la futur·e Président·e.

Le juge Luttig témoignant devant la Commission, 16 juin 2022. Source : C-SPAN

Rien ne pourrait être plus éloigné des intentions des « Pères Fondateurs » de la démocratie américaine que de laisser à une personne seule l’autorité de choisir le ou la prochain·e occupant·e de la Maison Blanche. Encore moins, une personne qui a un intérêt direct dans le résultat de l’élection. Dans sa session du 13 juin, la Commission a présenté le témoignage de l’ancien et éminent juge J. Michael Luttig. Ce dernier a fermement condamné la théorie juridique d’Eastman – par ailleurs un de ses anciens clercs – et qualifié ses arguments de « frivoles ». Eastman encoure de potentielles poursuites judiciaires et a fait valoir son droit à garder le silence devant la Commission.

Tout cela pourrait presque paraître comique, mais cette théorie représente un risque réel et actuel pour les élections à venir et le futur de la démocratie américaine. La Cour Suprême, majoritairement Républicaine, vient d’accepter de se saisir d’une affaire qui pourrait bien soutirer l’autorité des cours suprêmes des États fédérés à contrôler les assemblées de ces États en matière de scrutin. En pratique, cela ouvrirait une voie « légale » à d’éventuelles manipulations de certificats électoraux, similaires à celles tentées en 2020.

Campagne de pression

Pour que la stratégie d’Eastman fonctionne, la coopération de diverses personnes restait nécessaire. Trump s’est ainsi lancé dans une campagne de pression sans précédent à différents niveaux du gouvernement. Si les institutions américaines ont tenu face à la tentative de coup d’État, ce n’est que par la grâce de ces personnes qui ont fait passer le principe démocratique avant les enjeux partisans.

La cible principale : Mike Pence

Mike Pence, Vice-Président, fait le premier les frais des pressions présidentielles. C’est à lui que revient de certifier les résultats devant le Congrès. La veille du 6 janvier, lors d’une réunion à la Maison Blanche, Trump exige de lui qu’il choisisse les « bons » certificats et le déclare Président. Si Pence s’est comporté en parfait laquais durant tout le mandat de Trump, il trouve cependant que la demande va trop loin. Il n’admet pas la validité de la théorie d’Eastman et se prépare à remplir son rôle du lendemain conformément à la Constitution.

Échafaud construit devant le Capitole le 6 janvier 2021. Crédit : Tyler Merbler, Flickr, via Wikimedia Commons

Durant l’insurrection, Trump condamne le manque de « courage » de Pence sur Twitter, dans un énième effort pour enflammer ses support·er·rice·s. Au Capitole, la foule enragée hurle « pendez Mike Pence ». Un échafaud est même construit. Le Vice-Président échappe de justesse au pire, les insurgés le manquant d’à peine quelques mètres. Pence passera les heures suivantes caché dans le Capitole et finira, dans la nuit, par certifier les résultats et déclarer Biden élu.

Harcèlement à domicile

Durant les efforts présidentiels pour décertifier les résultats de certains États et les remplacer par de faux certificats, Trump a également fait pression sur plusieurs haut responsables politiques de certains États, ainsi que sur des personnes privées, employées dans des bureaux de vote et victimisées par les théories complotistes de Trump et de Guiliani.

La Commission consacre sa session du 21 juin à un panel dont les témoignages, émouvants et choquants, attestent de leur victimisation. Rusty Bowers, Président de la Chambre en Arizona, relate la façon dont des support·er·rice·s MAGA l’ont harcelé à domicile, lui et sa famille – y compris sa fille mourante et la veuve de son fils – dans le but de le forcer à invalider les résultats qui donnaient l’Arizona à Biden.

Trump et Guiliani sont allés jusqu’à créer des théories du complot pour s’en prendre à des individus particuliers, à l’instar de Wandrea « Shaye » Moss et de sa mère, « Lady Ruby », deux ex-employées des bureaux de vote en Géorgie. En les accusant malicieusement de fraude électorale, Trump a encouragé ses partisan·ne·s à les persécuter. Agressions racistes, harcèlement virtuel, mais aussi réel : les militants MAGA ont même osé rentrer de force chez la grand-mère de Mme Moss. Leur traumatisme est évident : aujourd’hui, ni l’une ni l’autre n’osent plus sortir de chez elles.

Bras de fer avec le Département de la Justice

Mark Meadows, ancien directeur de cabinet de Trump. Source : Wikimedia Commons

Trump et certains de ses allié·e·s, notamment Mark Meadows, son directeur de cabinet, ont tenté à de multiples reprises de faire pression sur le Département de la Justice, de décembre 2020 à début janvier 2021. Ces efforts, constituant un abus de pouvoir flagrant, visaient à forcer le ministère à lancer des enquêtes pour fraude électorale, mais aussi, plus largement, à déclarer l’élection « corrompue » et « invalide ».

Dans son audience du 23 juin, la Commission présente plusieurs témoins de marque, notamment Jeffrey Rosen, ancien procureur général par intérim et Richard Donaghue, son ancien député. Tous témoignent des efforts de Trump pour les forcer à transformer en « bras armé du Président» le Département de la Justice. Ce n’est que grâce à la menace d’une démission en masse de tou·s·tes les responsables du ministère que celui-ci a pu tenir bon.

Les témoins du Département de la Justice. De gauche à droite : Steven Engel, Jeffrey Rosen et Richard Donoghue. Source : C-SPAN

Le témoignage clé : Cassidy Hutchinson

Révélations de première main

Cassidy Hutchinson témoignant devant la Commission, 28 juin 2022. Source : C-SPAN

La dernière audience de juin n’était pas initialement prévue au calendrier. Elle peut pourtant être considérée comme la plus sismique. Cassidy Hutchinson, ancienne assistante de Mark Meadows, en est la seule témoin. Elle est également la première du camp de Trump à briser le silence – de nombreu·x·ses autres refusent de comparaître ou citent le droit au silence. Ses révélations fracassantes établissent un lien direct entre Trump et la violence du 6 janvier.

Hutchinson disposait d’un accès très privilégié à la Maison Blanche : son bureau n’était qu’à quelques mètres de celui du Président. Dans les jours qui ont précédé le 6 janvier – et le jour même – elle a été partie ou témoin de plusieurs conversations avec des personnes clés, comme Mark Meadows, Rudy Guiliani ou encore Pat Cipollone, un autre avocat de la Maison Blanche. Ce dernier lui aurait conseillé d’empêcher le Président d’aller au Capitole, en lui indiquant que si cela se produisait, «ils et elles seraient inculpé·e·s pour tous les crimes imaginables » .

Son témoignage a cela d’unique qu’il fait pour la première fois le lien direct entre Trump et la violence de l’insurrection, indiquant même une certaine préméditation. Selon elle, Trump savait que ses support·er·rice·s étaient armé·e·s, il a même ordonné que les détecteurs de métaux soient retirés à son rally : ces gens « ne sont pas là pour [lui] », insiste-t-il. Il veut les rejoindre au Capitole : ce n’est que le refus obstiné des services secrets qui l’en empêche et ce, après que Trump ait tenté physiquement de s’emparer du volant du véhicule présidentiel. Quant à Mark Meadows, son boss direct, elle le décrit comme apathique malgré l’urgence de la situation du 6. Enfermé dans son bureau, le regard vissé sur son téléphone : on s’imagine un homme a mi-chemin entre fatalisme criminel et crise nerveuse.

Intimidations de témoins

A la fin de cette audience, Liz Cheney a laissé entendre que plusieurs témoins issu·e·s de la sphère trumpienne sont l’objet de tentatives d’intimidation. En particulier, elle lit plusieurs extraits de témoignages, démontrant les tactiques utilisées. Il est rappelé aux témoins que l’ancien Président suit les témoignages, qu’il faut avoir « l’esprit d’équipe » et « faire attention » pour garder sa faveur. Un rappel plus ou moins subtil des règles de l’omerta du cercle de Trump, dont les ressemblances avec les milieux mafieux ne sont plus à démontrer.

Hutchinson était d’ailleurs initialement représentée par Stefan Passantino, un avocat payé de la poche de Trump. S’il n’est pas inhabituel que les frais d’avocats soient payés par une personne tierce, cela peut poser problème si l’avocat s’attache seulement à protéger les intérêts de cette tierce personne et non de son ou sa client·e. Or il semble que le cas de Hutchinson correspondait à cette éventualité. Durant sa déposition initiale avec Passantino, elle était très limitée dans ce qu’elle était en droit de révéler. Ce n’est qu’après avoir changé d’avocat qu’Hutchinson s’est trouvée en mesure de partager toutes ces révélations choquantes avec la Commission.

Son témoignage est ainsi rapidement apparu comme la clef de voûte des audiences de la Commission. Non seulement ses dires sont les plus accablants pour l’ancien Président – pouvant mener jusqu’à des inculpations pénales – le fait même d’avoir osé témoigner, compte tenu des tendances de Trump à harceler et mettre en danger ceux et celles qui le dérangent, a eu un formidable impact. Déjà, l’effet « boule de neige » se fait sentir et des témoins jusque-là récalcitrant·e·s négocient des accords avec la Commission.

Affaire à suivre

La Commission poursuit son enquête. L’audience suivante, prévue ce 12 juillet, doit se concentrer sur l’organisation, le rassemblement et le financement de la foule du 6 janvier, surtout, de ses composantes d’extrême-droite comme les Proud Boys.

Grâce notamment au témoignage de Cassidy Hutchinson, de nouveaux témoins pourraient être présenté·e·s dans les jours qui viennent. En particulier, Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Trump et fasciste invétéré, cherche aujourd’hui à venir témoigner devant la Commission, après avoir systématiquement refusé de coopérer. Dans son podcast, la veille de l’insurrection, un Bannon jubilant avait notamment prévenu que « tout allait péter [le lendemain][5] ». Tout laisse à croire que son retournement de veste a plus à voir avec la volonté de mitiger les condamnations qu’il encoure déjà pour outrage à magistrat qu’un réel élan patriotique.

Trump et plusieurs de ses allié·e·s (Rudy Guiliani, Mark Meadows et d’autres) pourraient faire l’objet de poursuites criminelles conséquentes. De nombreu·x·ses insurgé·e·s ont déjà été condamné·e·s pour « complot séditieux », un crime passible de vingt ans de prison. À cela s’ajoutent d’autres chefs d’accusation potentiels, comme la fraude, l’intimidation de témoin, l’obstruction aux élections et à la justice. La Commission n’a pas le pouvoir de poursuivre Trump d’elle-même, son rôle se limitera à émettre des « recommandations » (sans force légale réelle) au Département de la Justice. Ce dernier, sous la direction du procureur général Merrick Garland, mène déjà ses propres enquêtes sur les évènements et n’a pas – pour le moment – officiellement mis Trump en examen.


[1] Tactique de guerre consistant à mener une opération « sous un faux drapeau », c’est-à-dire en cherchant à l’attribuer au camp adverse.

[2] « Political Action Committee » : aux États-Unis, les comités d’action politiques sont des organisations privées constituées pour aider ou nuire à des élu·e·s. Ils reçoivent souvent des investissements à hauteur de centaines de millions de dollars de la part de personnes ou groupes privés et peuvent avoir un impact considérable sur la vie politique américaine.

[3] « A coup in search of a legal theory », expression du juge fédéral David Carter

[4] Originalisme : en droit constitutionnel américain, doctrine voulant que l’interprétation des textes constitutionnels se fasse au plus proche de ce que leurs rédacteurs voulaient signifier, au moment où ils ont été écrits.

[5] « All Hell is going to break loose tomorrow », Steve Bannon durant son podcast la veille de l’insurrection

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